Cy Jung, Fragments d’un discours politique (manuscrit)

Ces Fragments d’un discours politique sont un manuscrit.

Ils disent la pensée politique de Cy Jung, écrivaine, à l’automne 2015.

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21 octobre 2015

Mon propos sur les enfants pourra paraître exagéré. Peu me chaut ! Il est sincère et, à mon sens, réaliste. La famille est le lieu par excellence de la reproduction sociale, un espace où l’État délègue ses missions idéologiques et répressives à des parents tellement ravis d’« avoir » des enfants et intériorisant ainsi un « pouvoir d’agir » d’un rare totalitarisme. Oui, on « a » des enfants, que l’on confie certes à l’école ou à la crèche, mais dans un mouvement qui, ces dernières décennies, donne aux parents un droit d’intervention toujours plus grand.
Cela pourra sembler contradictoire avec cet « enfant-roi » (et capricieux) que l’idéologie dominante fabrique autant qu’elle le dénonce. Plus la société de consommation place l’enfant dans une posture de Toute-puissance, plus elle donne aux parents des motifs légitimes de répression, donc de violence. L’éducation vire au chantage permanent, à la contrepartie, avec l’idée que ce qui fait la valeur des choses c’est la lutte qui s’est engagée pour les obtenir. Une fois l’objet désiré aquis, l’enfant passe immédiatement à un autre objet car ce qui vaut, c’est l’avoir, l’obtenir, pas l’usage.
On « a » des enfants et l’amour se mesure à l’aune de ce qu’on leur donne, de ce que l’on « sacrifie » sans aucune réflexion sur ce qui fait l’autonomie d’une personne, sa liberté. Je ne lance bien sûr la pierre à aucun parent. L’éducation d’un enfant est chose compliquée, difficile, surtout face aux contraintes auxquelles chacun fait face dans son quotidien. L’idée, ici, comme partout dans ces Fragments d’un discours politique, est d’engager une réflexion, en l’espèce sur la manière dont on « exerce le pouvoir » sur les enfants, car éduquer n’est évidement pas renoncer au pouvoir de l’adulte, c’est l’exercer pour donner à l’enfant les outils de sa maturité et de sa liberté.
Je retiens ici une sentence maternelle qui a émaillé mon enfance : « La règle d’or en matière d’éducation est qu’un enfant n’a pas le choix. » Cela suppose que l’adulte ait conscience de ce qu’il fait autant qu’il ait mené une réflexion sur ce vers quoi il veut mener l’enfant. Le paradoxe est que l’on « cède » (plus ou moins rapidement mais on cède) aux caprices d’un enfant en ayant le sentiment que ce qu’il désire doit être satisfait. Mais céder, c’est renoncer à ce que l’on croit juste, c’est se faire complice d’un désir qui n’est que rapport de force, qui ne produit pas de sens, pas de liberté, un plaisir « pur sucre » à assimilation rapide pour le plus grand bonheur des marchands de sucre, justement.
Porter un enfant à apprendre, à créer, plutôt qu’à posséder, c’est difficile et cela requiert une forte conviction mais c’est le porter à grandir, peut-être plus vite qu’on ne le voudrait, mais avant tout grandir, se libérer du joug parental sans céder trop vite au joug social. C’est lui donner les outils de son autonomie ; c’est aussi le sortir de la spirale de la consommation et de l’avoir. Une fois encore, ce rapport à l’autre (à l’enfant) est un choix politique où la reproduction s’oppose à la révolution. « Faire ensemble », plutôt qu’acheter, consommer : cela prend plus de temps… et moins d’argent.
La question qui vient alors est qu’est-ce que l’on peut faire ensemble, vous, moi, pour vivre autrement dans ce monde que l’on veut changer ?
Mais je n’en ai pas fini de la question de la propriété.

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