Cy Jung, Fragments d’un discours politique (manuscrit)

Ces Fragments d’un discours politique sont un manuscrit.

Ils disent la pensée politique de Cy Jung, écrivaine, à l’automne 2015.

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7 décembre 2015

J’arrive au bout de ma relecture de ces Fragments d’un discours politique. Avant de voir si j’arrive à leur conclusion (ce que je pressens), j’ai noté hier soir cette drôle de question, « Peut-on résister sans croire en Dieu ? » Ce matin, les résultats définitifs du premier tour des élections régionales [1] me plongent dans un certain désarroi sans que Dieu, c’est évident, ne me soit d’aucun secours. Il n’est pas certain que cela soit une raison suffisante pour l’éliminer d’un revers de clavier, surtout si l’on rapproche l’idée de Dieu au besoin d’un espoir. Il est bien difficile de se projeter dans l’espoir ce matin. Mais comment en sommes-nous arrivés là ?
Il me faudrait sans doute un ouvrage entier pour analyser « la montée du Front national » ; je laisse cela aux analystes de la chose politique qui se relaient dans les médias ; en croisant ses sources, chacun pourra se faire son opinion. Je me souviens encore des affiches de Le Pen [2] aux élections législatives de 1978 « Un million de chômeurs, c’est un million d’immigrés en trop. La France et les Français d’abord ». Déjà ? Oui, déjà. En réponse, le Parti socialiste, dans les années 80, avait édité une brochure remarquable sur comment « lutter contre Front national » ; l’historique du frontisme était expliqué, ses liens avec l’histoire sombre du pays, son programme était décortiqué… Tout y était.
Trente ans plus tard, le Front national est le « premier parti de France » et je lis partout les mêmes arguments, le même discours humaniste antiraciste, les mêmes mises en garde sur fond de 5 mars 1933 [3] et de 6 février 1934 [4], les mêmes boucs émissaires, l’insécurité, l’Europe, les Roms, l’immigration, les attentats, le chômage, les mêmes incriminations attribuant la responsabilité de ce vote qui aux socialistes, qui à la division de la gauche, qui à Nicolas Sarkozy, qui à François Mitterrand, qui à la main de ma sœur dans la culotte d’un zouave… et pendant ce temps, LaFrance vote pour l’extrême droite un peu plus à chaque élection. La Résistible ascension d’Arturo Ui [5], pareil.
Ce que j’ai envie de relever ce matin, c’est que justement toutes ces analyses et tous ces arguments ont failli en tant qu’ils font la preuve de leur incapacité à enrayer ce phénomène politique qui nous dépasse. Pourquoi ? Justement parce qu’il nous dépasse ! Je viens presque d’inventer l’eau chaude à cette nuance que je souhaite souligner là que ce sont les outils d’action qui nous manquent, une action capable de contrer l’espoir que suscite chez une bonne part de nos concitoyens le Front national. Cela durera certainement le temps qu’il fasse la preuve de son incompétence, si tant est qu’aucun de ses leaders n’ait le charisme nécessaire pour profiter de l’occasion et se transformer en dictateur sanguinaire avec l’aval de la société française.
Créer un espoir.
Sommes-nous capables de créer un espoir nous qui voulons changer le monde pour mener la révolution écologique, nous qui déjà consacrons une bonne part de nos vies à des engagements, des actions qui sont, de fait, une opposition réelle au Front national ? Voter, déjà. Pouvons-nous mener au vote ces abstentionnistes qui sont « désabusés » ? J’avoue que je ne comprends tellement pas comment on peut avoir un tel argument pour ne pas voter que je vais avoir du mal avec ceux-là. Mais les autres, toutes ces personnes que nous croisons chaque jour, qui sont dépassées par ce « qui ne va pas » et portent leurs suffrages ou leur abstention vers ce Front national qui propose des solutions qui ont l’air si évident, si simple et se pose en alternative à l’establishment, qu’avons-nous à leur proposer ?
Qu’est-ce que j’ai à leur proposer ?
Je crois en ce que je fais, en la puissance de l’écriture, du partage du savoir et de l’intelligence qui naît de ce partage. Oui, je crois en l’intelligence et en la défense tous azimuts de la liberté, du droit à la différence. Je n’ai pas peur de l’avenir. Je n’ai pas peur des terroristes. Je n’ai pas peur du Front national. J’ai foi en la justesse de ce que je défends et aux moyens que j’ai choisis pour le défendre.
Foi ?
Cela me ramène à Dieu, forcément. Je ne crois pas en Dieu, en ce qu’il serait une entité exogène à soi, prétexte à un dogme par nature coercitif et qu’il me faudrait vénérer pour atteindre la vie éternelle. Je m’en suis déjà expliquée [6]. Mais je crois en une force qui nous appartient chacun, nous porte chacun, une force qui dépend de nous, une force qui se cultive, se choie, une force qui se partage pour changer le cours des choses, une force capable de changer le monde. La vie.
La liberté.
« Liberté, liberté chérie » [7]
Elle guide mes pas [8].


[1« Selon les résultats du ministère de l’Intérieur, le Front national recueille 27,96 % des suffrages exprimés, devant l’union de la droite formée par Les Républicains, le MoDem et l’UDI (26,89 %). À gauche, le PS plafonne à 23,33 %. » Le taux d’abstention s’élève à 50,2 %, en régression de 3 points par rapport au précédent scrutin. Cet article du Monde ne dit rien de EELV, preuve de son effondrement à cette élection (EELV est passé de 12,18 % en 2010 à 6,81 % hier). « Élections régionales : ce qu’il faut retenir d’un premier tour dominé par le FN », LeMonde.fr, 7 décembre 2015.

[2Le père.

[3C’est à cette date que ce sont déroulées les dernières élections de la République de Weimar qui ont vu la victoire du Parti national socialiste (43,9 %) permettant ainsi à Hitler, grâce à une alliance avec le Parti national du peuple allemand et le Parti du centre, de faire voter l’Acte générateur qui, de fait, lui confère les pleins pouvoirs législatifs et signe l’arrêt de mort de la République. La suite, chacun sait. Du moins, j’espère.

[4e 6 février 1934 a lieu à Paris, devant l’Assemblée nationale, une manifestation antiparlementaire visant à renverser la République à l’appel de tout ce LaFrance compte d’organisations d’extrême droite et de droite populiste. La manifestation tourne à l’émeute sous l’impulsion d’une partie des manifestants qui espèrent le coup de force. Les forces de l’ordre tirent sur la foule, faisant quatorze morts selon le bilan officiel. En réaction, une autre manifestation (menées par les communistes) et un gouvernement d’union nationale « sauvent » la République jusqu’au vote des pleins pouvoirs constituants au maréchal Pétain le 10 juillet 1940. Ce sursaut de la gauche l’a menée au pouvoir le court temps du Front populaire (1936-1938).

[5Pièce de Bertolt Brecht (Der aufhaltsame Aufstieg des Arturo Ui, 1941) qui détaille le processus d’arrivée au pouvoir d’Adolphe Hitler.

[7La Marseillaise.

[8Référence au Chant du départ (Étienne Nicolas Méhul, musique ; Marie-Joseph Chénier, paroles), hymne présenté par le Comité de salut public le 14 juillet 1794 pour célébrer l’anniversaire de la prise de la Bastille. « La victoire en chantant / Nous ouvre la barrière / La Liberté guide nos pas. »

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