Cy Jung, Fragments d’un discours politique (manuscrit)

Ces Fragments d’un discours politique sont un manuscrit.

Ils disent la pensée politique de Cy Jung, écrivaine, à l’automne 2015.

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23 octobre 2015

Un documentaire diffusé hier soir sur la Chaîne parlementaire consacré à l’annonce de la fermeture du site industriel de PSA à Aulnay en juillet 2002 et à la lutte des salariés pour conserver ce site [1] apporte un argument à mon scepticisme quant à l’incidence de la nature du propriétaire d’une usine sur son devenir. En l’espèce, PSA est un groupe privé propriété de ses actionnaires. Étant données les conséquences sociales de la fermeture d’un site comme Aulnay, les responsables politiques du pays s’en sont mêlés. Un syndicaliste explique ainsi « qu’avant l’été, Françoise Hollande et ses ministres jugent la fermeture inacceptable. À la rentrée, ils la considèrent comme inéluctable. »
Ce syndicaliste émaille son propos d’un « tout bronzés » puis d’un « Je ne sais pas ce qu’ils ont fait au mois d’août avec la famille Peugeot. » insinuant ainsi une collusion, un conflit d’intérêts. Je lui en laisse la responsabilité. De mon côté, je crois plus à une alliance objective entre l’État et les riches de ce monde, au sens large du terme, celles et ceux et hen qui possèdent l’appareil de production et les grands groupes internationaux. Autrement dit, l’État-propriétaire n’aurait pas fait autre chose que les propriétaires privés de PSA car l’État-propriétaire est dans la même logique de développement industriel par la croissance que les groupes industriels privés. Comment pourrait-il en être autrement dans une économie concurrentielle qui vise un objectif de croissance ?
Quatre mois après la nationalisation de la sidérurgie en février 1982 par le gouvernent socialiste de Pierre Mauroy dont les convictions sociales ne peuvent être mise en cause, l’État-propriétaire annonce la suppression de douze mille emplois auxquels s’ajouteront vingt et un mille emplois deux ans plus tard. C’est un autre exemple, juste un exemple. J’ignore s’il est possible et/ou nécessaire de conserver sur le sol français une industrie sidérurgique ou automobile. Je remarque juste que ce n’est pas la nature privée ou publique de la propriété de l’appareil de production qui en assure la pérennité.
Quid d’une propriété collective dudit appareil de production ? Je pense à Lip, bien sûr, cette horlogerie symbole des luttes ouvrières autogestionnaires reprise en 1977 par ses salariés sous forme de six coopératives, dont Les Industries de Palente. Trois ans plus tard, l’aventure se termine, Les Industries de Palente se transforment en SARL avant de déposer leur bilan en 1987. Aujourd’hui, on assiste à une recrudescence de la création de Scop sans que ce changement de propriétaire ait de visées révolutionnaires. Comment peut-il en être autrement quand ces coopératives sont créées pour « sauvegarder l’outil industriel et les emplois » ? [2] Les salariés, mis en position de décider, font-ils des choix différents de ceux des dirigeants capitalistes ? Ils n’ont certes pas la pression des actionnaires qui réclament des dividendes mais, dans une industrie en crise (entendre en manque de marchés), l’absence de cette pression change-t-elle vraiment quelque chose ?
Je n’en suis pas convaincue et, au risque de dire une aberration économique, il me semble que s’attaquer au système par notre consommation et nos modes de vie a plus de chance de réussir que de changer le propriétaire de l’appareil de production. N’est-ce pas aussi une manière de prendre le marché à son propre piège ? Imaginons un instant que la prochaine coupe du monde de football ne « dope » pas de 11 % les ventes de télévisions comme ce fut le cas en 2014 [3] ? Sans doute que l’appareil de production de téléviseurs en pâtirait. Sans doute que des emplois seraient perdus. Mais l’argent non dépensé dans ces achats serait dépensé ailleurs… ou pas.
Et s’il s’amorce ainsi un mouvement mondial vers une autre consommation et d’autres modes de vie, sans doute que les travailleurs du monde entier en ressentiront les conséquences, conséquences qu’ils jugeront comme négatives s’ils perdent leur emploi et voient diminuer leur pouvoir d’achat. Mais peut-être que ces travailleurs pourront y puiser le désir d’un autre monde et y participeront en devenant acteurs de leur avenir et non plus prolétaires d’un ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste qui les opprime sous couvert d’un bonheur par l’avoir.
Je rêve, bien sûr. J’aime tellement ça !

Ajout du 2 décembre 2015

Je voudrais verser ici une analyse d’Alternative libertaire sur la loi sur l’économie sociale et solidaire de juillet 2014 qui modifie, entre autres, les règles de fonctionnement des Scop [4] en autorisant des participations privées à cette forme de propriété collective des moyens de production. Ce qui m’intéresse ici, c’est la manière dont ce mouvement libertaire juge le fonctionnement « humain » des Scop, remettant ainsi en cause les « vertus » de cette propriété collective.

« Au sein du mouvement des Scop, le mot phare, c’est « valeurs ». Coopération, solidarité, égalité, bref des mots qui font rêver. Le problème c’est que tout porte à croire que ces valeurs ont plus usage d’étendard qu’une réalité concrète. Dans les petites entités il n’est pas rare d’entendre un gérant se plaindre que les salarié-e-s « font leurs heures et pas plus ». La question de la répartition des bénéfices en faveur des salarié-e-s leur pose aussi problème : eh oui, comment mieux rémunérer les coopérateurs et coopératrices, qui s’impliquent plus dans l’entreprise ? C’est qu’on est patron, on a des responsabilités maintenant, ça doit être valorisé !
« En outre, rien ne permet d’affirmer que l’égalité de salaires entre hommes et femmes est plus respectée que dans les formes traditionnelles d’entreprise. Seules 24 % des Scop sont gérées par des femmes. Lors des réunions, séminaires et pour la représentation, la parité n’est même pas évoquée.
« L’autogestion est en option, et pour tout dire, jamais à l’ordre du jour. Ainsi, les Scop fonctionnent principalement comme n’importe quelle entreprise un peu moderne : du participatif pour ce qui est de l’identité de l’entreprise, mais un ou une chef d’entreprise qui gère le quotidien. Et même si les chefs sont élu-e-s et révocables, en réalité la gérance n’est pas tournante.
 » [5]

Il ne s’agit bien sûr pas de jeter le bébé avec l’eau du bain ; simplement de remarquer qu’il ne faut sans doute pas rechercher dans la seule « propriété privée » les leviers de l’oppression.

« Pourtant, les Scop font toujours rêver.
« (…) malgré la loi ESS de 2014, malgré les dérives des Scop, il existe tout un maillage de petites structures qui pratiquent l’autogestion, qui ont l’objectif de réaliser leur travail loin des impératifs de rentabilité, et qui composent au mieux avec l’existence du système capitaliste auquel elles ne peuvent pas pour l’instant échapper. » [6]

Rêvons donc, en nous attachant certes à des formes de propriété qui ne font pas uniquement le lit du grand capital, mais aussi en nous interrogeant, une fois encore, sur notre rapport au pouvoir, à la consommation, à la production, et à la propriété, bien sûr. Notre rapport à l’institution ? Cela en fait partie.


[1Francine Raymond, Ludovic Fossard, « PSA - Aulnay : les mots de la fin » (2014), LCP, 22 octobre 2015.

[2Francine Aizicovici et Anne Rodier, « 40 ans après "Lip", le modèle coopératif reste une alternative aux restructurations », Le Monde.fr 18 juin 2013.

[3« Les ventes de TV dopées par la Coupe du monde de football », Le Parisien, 27 août 2014.

[4« Les Scop, Sociétés coopératives et participatives, désignent les entreprises à statut Scop (Société coopérative de production) et à statut Scic (Société coopérative d’intérêt collectif). Soumises à l’impératif de profitabilité comme toute entreprise, elles bénéficient d’une gouvernance démocratique et d’une répartition des résultats prioritairement affectée à la pérennité des emplois et du projet d’entreprise. ».

[5Éric (AL Auvergne), « Économie sociale et solidaire : scop en toc ou vraie coop ? », alternativelibertaire.org, 29 novembre 2015.

[6Éric (AL Auvergne), op. cit. 29 novembre 2015.

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