Cy Jung, Fragments d’un discours politique (manuscrit)

Ces Fragments d’un discours politique sont un manuscrit.

Ils disent la pensée politique de Cy Jung, écrivaine, à l’automne 2015.

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19 octobre 2015

La propriété, quand elle vise les personnes, s’appelle esclavage… ou mariage. J’exagère, bien sûr. Bien sûr. Le Code civil est plus sobre.

« Art. 143 — Le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe. »

Et que dit mon dictionnaire du verbe « contracter » ?

« 1 S’engager par un contrat, une convention, à satisfaire (une obligation), à respecter (des clauses). (…)
« 2 a) 1680). Personnes, esprits… Acquérir, prendre (une habitude, un sentiment…) de qqn, de qqch. (…)
« b) (Choses). Prendre (une caractéristique). (…)
« 3 (1572). Personnes. Attraper (un mal, une maladie). » [1]

C’est donc pour cela que l’on organise une grosse fête le jour de son mariage, parce que l’on sait que l’on vient de contracter pour longtemps une maladie. Et quelle maladie ! Je m’amuse. Pardon. C’est si tentant. Ce qui me tenterait également est de savoir comment l’on est passé de la notion juridique de « contracter mariage », « mariage » étant ici un contrat, à cette idée d’« union » consacrée par la formule finale du maire ou de son représentant.

« Il recevra de chaque partie, l’une après l’autre, la déclaration qu’elles veulent se prendre pour époux : il prononcera, au nom de la loi, qu’elles sont unies par le mariage, et il en dressera acte sur-le-champ. » [2]

Car un contrat, par nature, ne célèbre pas une « union » mais bien des obligations réciproques.

« Le contrat est une convention par laquelle une ou plusieurs personnes s’obligent, envers une ou plusieurs autres, à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose. » [3]

Cela colle très bien aux articles 212 à 215 et 371-1 lus lors de la cérémonie en mairie.

« Art. 212 — Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance.
« Art. 213 — Les époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille, ils pourvoient à l’éducation des enfants et préparent leur avenir.
« Art. 214 — Si les conventions matrimoniales ne règlent pas la contribution des époux aux charges du mariage, ils y contribuent à proportion de leurs facultés respectives.
« Art. 215 — Les époux s’obligent mutuellement à une communauté de vie.
« Art. 371-1 — L’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant. Elle appartient aux parents jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne. Les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité. »

Un contrat, donc, oblige mais n’unit pas. Qu’est-ce qui a pris au législateur de parler de « liens » et d’« union » en rédigeant l’article 1101 [4] ? Pour les « liens », si l’on doit la formule au Code Napoléon, peut-être qu’il a été inspiré par le rétablissement de l’esclavage justement où, cette fois, il s’agit bien d’avoir la propriété sur une personne qui devient sienne au même titre qu’une chose. Là, la propriété est réelle, ce qui n’est pas le cas du mariage. Par contre, en matière de mariage, il serait question d’amour. Pas dans le Code civil, bien sûr, mais dans l’idéologie qui donne au mariage, simple contrat d’assistance entre deux personnes, un air de bonheur.
Ce serait donc ici l’amour, son illusion, qui transformerait le contrat en union, comme s’il fallait cela pour faire avaler aux personnes le fait qu’elles vont devoir, en créant une famille, assurer une bonne part de la pérennité de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste : travail domestique et éducatif gratuit, enrichissement et patrimonialisation, reproduction culturelle, etc. Et les « liens » qui scellent cette union valent appropriation de la personne de l’autre et de toutes ses « richesses » : travail, sexe, sentiments, intelligence. Il faut bien la promesse d’amour pour accepter de donner ce que l’on a (ou pas) autant que ce l’on est (ou pas) à un autre en sachant intimement que c’est l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste qui, au final, en tire le plus grand profit.
Le mariage, ainsi, crée la propriété (symbolique) de l’autre, « ma femme », « mon mari », « mes enfants » au même titre que « mon chien » et « ma voiture ». Je note au passage que le « mon homme » est moins fréquent que « ma femme », alors que les deux termes désignent tout autant le sexe, le genre et le statut matrimonial (avec le possessif), un peu comme si les femmes restaient dans leur genre quel que soit leur statut là où les hommes s’élèvent au rang de « mari » quand ils possèdent femme, terme qui ne semble pas avoir de féminin.
Le sort des enfants est encore moins enviable tant les parents semblent considérer qu’ils sont leur propriété pleine et entière ; le statut de « mineur » y est sans doute pour beaucoup. Le fait que le Code civil indique que les époux « pourvoient à l’éducation des enfants et préparent leur avenir » tout autant. Cela ne confère-t-il pas droit de vie et de mort des parents sur les enfants ? [5] Cela les autorise, en tout cas, à faire œuvre de violences quotidiennes, physiques, sexuelles et psychiques tout à fait admises par le corps social, encouragés en cela par l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste qui voit certainement là un bon moyen de préparer les enfants à un avenir fait de soumission et de violence.

Ajout du 22 octobre 2015

Sur ce qui fonde les rapports entre parents et enfant, je verse ici une analyse du docteur Muriel Salmona qui se passe de commentaires.

« Le cinquième commandement de la Bible dit : "tu honoreras ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne." (Exode, 20,12), et jusqu’au 5 mars 2002 l’article 371-1 du Code civil sur l’autorité parentale commençait en stipulant : "L’enfant, à tout âge, doit honneur et respect à ses père et mère", (…) » [6]

[1Le Grand Robert.

[2Code civil, art 75.

[3Code civil, art. 1101

[4ode civil, op. cit.

[5En 2013, le ministère de l’Intérieur évaluait à trente-trois le nombre d’enfants morts dans le cadre de violences conjugales auxquelles s’ajoutent certaines morts subites du nourrisson non identifiées comme des violences et non quantifiées. C’est certes beaucoup moins que les femmes (cent vingt-neuf) ; et à peine moins que les hommes (trente dont quatre dans les couples homosexuels… étrange précision sauf à verser quatre agresseurs de plus au genre masculin). Les enfants sont par contre particulièrement victimes de violences non létales. En 2006, dix-neuf mille enfants sont considérés comme maltraités car ils subissent des violences physiques, sexuelles, physiologiques ou sont victimes de « négligences lourdes » quand soixante-dix-neuf mille sont considérés comme « à risque ». Et combien d’enfants ne sont pas signalés… ?

[6Dr Muriel Salmona, « Violences faites aux enfants », Mémoire traumatique et victimologie, non daté.

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