Cy Jung, Fragments d’un discours politique (manuscrit)

Ces Fragments d’un discours politique sont un manuscrit.

Ils disent la pensée politique de Cy Jung, écrivaine, à l’automne 2015.

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12 octobre 2015

« Il nous baise ? » [1]
N’est-ce pas une raison suffisante pour éviter la position de l’autruche comme mode de résistance tant celle-ci incarne l’enculage bien qu’en matière de pratiques sexuelles, elle ne soit pas forcément des plus adaptées ? Je n’insiste pas. Chacun aura compris. Je préfère bifurquer sur la question de savoir ce que nous pourrions proposer, collectivement, en lieu et place de cet ordre qui nous opprime en douceur, au moins nous, populations occidentales plutôt argentées ; car dans le Sud, l’addition est plus rude et les populations, déjà en mode survie, ont sans doute plus urgent à faire que de résister à l’ordre établi même si cette résistance est de nature à les sortir durablement de l’oppression par la misère.
Quel modèle économique prôner ?
Quelle alternative politique ?
Pour tout dire, je ne sais pas vraiment. Je pourrais égrainer des principes (liberté, paix, justice, solidarité, équité…), et j’en oublierais forcément autant que cela ne dit pas vraiment comment organiser cette vie ensemble ni comment organiser la production et la consommation. J’ai l’intime conviction que si l’on engage toujours plus nombreux un processus de résistance individuelle dans une optique libertaire, alors le monde qui va avec se construira à l’aune de ce que nous aurons ainsi collectivement engagé. L’intime conviction relève plus de l’utopie que de l’économie réelle. Je sais. Je rêve. Je sais. Mais c’est ce dont j’ai envie, ce dont je suis capable, et j’ai confiance en l’intelligence : il y a tant de personnes, des scientifiques, des intellectuels, qui réfléchissent à ces questions que, le processus engagé, la solution émergera sur la base de leurs réflexions et du processus lui-même.
J’y crois.
Et c’est important de croire, même à quelque chose qui a des airs d’utopie.

« You may say Im a dreamer,
« but Im not the only one,
« I hope some day you’ll join us,
« And the world will live as one. » [2]

John Lenon, bien sûr. J’ai passé mon épreuve orale d’anglais au baccalauréat [3] sur cette chanson. J’ai eu 17/20, moi qui n’avais pas dépassé le 10/20 toute l’année dans cette langue qui m’est toujours étrangère. Le rêve m’est lucratif. Je continue.

« Imagine no possesions,
« I wonder if you can,
« No need for greed or hunger,
« A brotherhood of man,
« Imagine all the people
« Sharing all the world... » [4]

Lenon, toujours. Après un monde sans paradis (sans Dieu), sans pays, il nous propose un monde sans propriété. Il ne me semble pas que John Lenon fasse là une référence directe à la pensée marxiste au vu de la damnation maccarthyste [5] dont elle a fait l’objet aux États-Unis des années durant. Et même sans cette référence, je peine toujours à cette idée : la suppression de la propriété.
Pourtant, un tract d’Alternative libertaire à propos du COP21 ne peut qu’attirer mon attention.

«  L’urgence écologique : sortir du capitalisme
« Le Sommet mondial sur le climat (Cop21) n’aboutira à rien. Les grands décideurs politiques et économiques qui s’y rencontreront ne peuvent vouloir, à la fois, réduire les émissions de gaz à effet de serre, et « relancer la croissance », leur idée fixe. Pour stopper le réchauffement climatique, il faudra effectivement changer de système. Et donc poser la question qui fâche : la propriété des moyens de production et d’échange. » [6]

Pourquoi n’arrivé-je pas à trouver cette solution crédible ? Parce que je ne la comprends pas ? C’est fort possible. Comme tout petit-bourgeois qui se respecte, je ne suis pas opposée par principe à la propriété, surtout en ce qui concerne mes biens « intimes » : mon lit, mon ordinateur, mon téléphone, mes vêtements, le contenu de mon congélateur… et l’argent déposé sur mon compte en banque. Je veux bien partager ma machine à laver dans une buanderie collective et utiliser l’aspirateur commun. J’ai, par contre, bien envie de rester tranquille chez moi, un espace protégé que je défends jalousement et que seul un mandat de perquisition peut violer. Je suis locataire, mais c’est chez moi quand même, et être propriétaire de son logement ne me choque pas.
Est-ce que j’atteindrais ici les limites de ma capacité à imaginer un autre monde ?
Sans doute que supprimer « la propriété [privée, je suppose] des moyens de production et d’échange » n’atteindrait pas la tasse dans laquelle je bois mon café (j’y tiens beaucoup ; c’est un cadeau) et que je cède là à une manipulation idéologique engagée depuis fort longtemps par l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste et sanctifiée dans l’article deuxième de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui fait de la propriété un droit aussi fondamental que la liberté, la sûreté et la résistance à l’oppression [7].
Ma pensée a toujours achoppé sur ce point, il est peut-être temps que j’y travaille.

Ajout du 9 novembre 2015

« Sortir du capitalisme », « changer de système », n’est-ce pas l’idée la moins répandue parmi les acteurs et décideurs politiques de LaFrance, surtout parmi celles et ceux et hen que l’on classe facilement à droite (ou au centre droit, ce qui revient au même à l’aune de la proximité politique que chacun peut avoir ou non avec la révolution anticapitaliste). On a parfois des surprises… Celle de ce matin concerne Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement des deux gouvernements RPR d’Alain Juppé (1993-1995), chaloupeuse au centre droit la décennie suivante, cofondatrice et ancienne vice-présidente du Modem (2007-2010), députée européenne sous l’étiquette Modem (2009-2014), et aujourd’hui présidente du Rassemblement citoyen-Cap 21, mouvement écolo-droitier.
Je découvre que Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, lui a commandé un rapport afin de proposer cent mesures pour « dessiner l’économie du nouveau monde », rapport remis en juin dernier à la ministre. Dans l’article qu’elle signe dans Reporterre daté d’hier, il est question d’une « nouvelle économie » dans une acception qui ne peut que me faire rêver.

« La « nouvelle économie » – l’économie du « nouveau monde » – ne se définit pas par rapport à un secteur déterminé, notamment celui de l’économie verte. Elle se définit comme une économie ni fossile ni fissile, territorialisée, connectée et qui fait du bien-être et de l’humain le cœur de son objectif. Très clairement, cela signifie qu’elle embrasse non seulement l’économie circulaire, l’économie du partage, l’économie de fonctionnalité mais également les nouveaux domaines technologiques dans lesquels le numérique prend la main et, de manière peut-être plus paradoxale, les secteurs les plus traditionnels de l’activité économique qui sont en pleine mutation, à commencer par l’agriculture, le textile, la construction… » [8]

Corine Lepage nous proposerait-elle de changer de système sans sortir du capitalisme vers une « nouvelle » et non une « autre » économie ? Étudions.

« Il ne peut y avoir changement de modèle que dans la mesure où les règles du jeu changent. Pour y parvenir, il est indispensable que tous les acteurs du « nouveau monde », à commencer par les entreprises, mutualisent leurs efforts et décident de peser ensemble. » [9]

« Système », « modèle », on ne va pas chipoter sur les mots tant je me réjouis que l’idée que le changement doit se situer au niveau du « modèle » lui-même fasse ainsi son chemin au-delà des cercles anticapitalistes.

Ajout des 26 & 30 novembre 2015

J’ai peut-être été optimiste. À relire les desseins de « l’économie du nouveau monde », je me demande si Corine Lepage et moi parlons de la même chose.

« (…) l’économie circulaire, l’économie du partage, l’économie de fonctionnalité » [10]

Qu’est-ce donc ?
J’ignore ce qu’est « l’économie de fonctionnalité » et ce que j’en découvre après une recherche rapide ne m’aide pas à comprendre. Voilà la définition la plus claire que j’ai trouvée sur un site dédié où il est beaucoup question de productivité.

« L’économie de fonctionnalité, qui vise à optimiser l’utilisation – ou la fonction – des biens et services, se concentre sur la gestion des richesses existantes, sous la forme de produits, de connaissances ou encore de capital naturel. L’objectif économique en est de créer une valeur d’usage la plus élevée possible pendant le plus longtemps possible, tout en consommant le moins de ressources matérielles et d’énergie possible. Le but est d’atteindre ainsi une meilleure compétitivité et une augmentation des revenus des entreprises (…). » [11]

Je vois un peu le concept mais juste un peu, sans doute parce qu’il me semble s’agir là d’un mode de gestion de l’entreprise qui veut économiser les matières premières pour toujours plus produire et non d’une rupture avec le productivisme, réduisant ainsi l’intérêt de la « nouvelle économie », au moins pour moi, parce qu’elle serait, déjà sur ce point, avant tout une économie d’optimisation de l’exploitation du monde.
Je laisse la question en jachère, la pensée, à l’instar de la terre, ayant souvent besoin d’être mise au repos pour produire ses meilleurs fruits. Ou pas.

J’évoque plus loin dans ces Fragments de « l’économie de partage » et en montre les limites : la déréglementation du travail et la promotion du travail gratuit [12]. Quant à « l’économie circulaire », j’en ai, comme beaucoup, une image très positive : ne serait-il pas exceptionnel que nos déchets soient systématiquement recyclés pour « une nouvelle vie », que les produits que nous achetons soient conçus pour intégrer facilement cette boucle perpétuelle qui fait que rien n’est gâché, tout est réutilisé ? Bien sûr que cela le serait et je m’entraîne déjà en fabriquant du savon avec mes restes de savon (et ceux que l’on me donne) et en utilisant les pots vides de confiture comme contenant pour mes céréales achetées en vrac.
Y en aurait-il qui rigolent ?
Vous pouvez.

« Les questions d’efficacité et de sobriété dans l’utilisation des ressources au moment de la conception des produits, d’éco-conception dans une visée d’allongement de la durée de vie du produit ou encore de réemploi sont en quelque sorte les parents pauvres de ce débat [celui sur l’économie circulaire, NDCy].
« Malgré la volonté affichée de certains acteurs d’en faire un sujet plus large que la simple gestion des déchets, il s’avère ainsi que la majorité des initiatives ou des projets mis en avant concernent le recyclage ou l’écologie industrielle. La raison en est simple : dans la conception « mainstream » [13] du concept, l’économie circulaire est une affaire d’industrie et de technologie, qui vise à boucler la boucle en faisant du déchet des uns les ressources des autres. » [14]

Cela ne se rapproche-t-il pas de l’économie de fonctionnalité avec des industriels qui ne cherchent pas à « sauver la planète » (encore moins à changer le monde) mais à l’exploiter pour en tirer toujours plus de profit ? Le « déchet » devient « ressource » et l’on nous vend des produits « propres » entretenant là l’idée qu’il serait possible de toujours produire plus, et pire, qu’il serait salutaire de produire plus puisque éliminer les déchets serait la matière première de la production.
Et alors, me répondra-t-on, si l’on peut consommer plus sans polluer plus, n’est-ce pas l’idéal ? Cela pourrait l’être si tant est que cela soit vrai et que l’on considère la consommation à tout va comme le bonheur absolu, idée qui appartient plus à l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste qu’à celle et ceux et hen qui veulent changer le monde. Il me semble en effet que dans une perspective productiviste, l’économie circulaire ne fasse que déplacer le problème environnemental car il y aura toujours besoin de matières premières et d’énergie même si le déchet est une ressource, pour que le déchet soit ressource et exploité comme tel. Ne doit-il pas en effet être récolté, nettoyé, traité, broyé, reconstitué, autant d’actions qui ne se font pas sans eau, électricité, machines et produits en tout genre ?
Par contre, l’économie circulaire semble incontournable dans un monde qui souhaiterait produire autrement en exploitant moins les richesses naturelles et les personnes en ce qu’elle permettrait de produire avec moins de ressources « primaires » des produits à plus longue durée de vie et d’utilisation. Je vais donc pouvoir continuer à fabriquer mes savons et utiliser mes bocaux en espérant, une fois encore, que la somme d’actions individuelles porte le monde vers une économie moins violente à l’égard des personnes et de l’environnement, car moins productiviste.

Je rebondis tout naturellement sur « les nouveaux domaines technologiques dans lesquels le numérique prend la main » qui achève de définir la « nouvelle économie » de Corine Lepage [15]. Comme beaucoup, j’ai longtemps pensé que le numérique était la solution pour faire face à une bonne part de la pollution et de l’épuisement des ressources naturelles, notamment grâce aux mails : moins de papier, moins de transport, moins d’encre, moins de plomb… J’en oublie certainement.
Et puis, un jour, je suis tombée sur un documentaire [16] consacré aux « data center », ces vastes hangars climatisés qui accueillent les ordinateurs permettant à nos données d’être stockées et de circuler. On utilise tous le web avec l’idée qu’il n’en coûte rien à l’environnement, oubliant là qu’un ordinateur est fabriqué à partir de matériaux à forte empreinte carbone et de métaux lourds et produit de la chaleur, que ces mails que l’on s’envoie, ces informations que l’on consulte sur des sites du monde entier, ces données que l’on stocke consciemment ou non dans le « cloud » [17] constituent une somme incalculable de « 0 » et de « 1 » qui ont besoin de disques durs toujours plus puissants, de mémoire vive, de composants divers et variés, de fibre, de câbles, d’ondes…
Je sais désormais que le web est gros consommateur d’énergie et de matériel polluant. Cela n’a en rien changé ma consommation tant j’ai le sentiment que je dispose là d’un outil de savoir et de communication tout à fait remarquable. Le web est aussi pour moi un outil pour l’action politique, la résistance. Il me semble enfin que si son bilan carbone est loin d’être neutre, le rapport bénéfice risque est en faveur du bénéfice. Est-ce parce que cela m’arrange, aussi parce que ma déficience visuelle adore l’outil numérique gage d’une très grande lisibilité des informations ? C’est fort possible que ma subjectivité emporte ma décision d’en conserver l’usage tout en sachant ce qu’il en coûte à la planète.
Il ne me semble jamais inutile de mesurer l’impact de nos choix d’usage. À long terme, cela peut avoir une incidence. N’ai-je pas mis dix ans à me décider à arrêter de fumer ? Et j’ai fini par arrêter, pour ne pas reprendre. Qui sait un jour je consommerai du web en utilisant un serveur implanté dans mon salon et qui me servira de chauffage central ?

Ajout du 1er décembre 2015

Ne pas oublier que chaque médaille a son revers fait partie des éléments essentiels à toute réflexion politique qui se prétend quelque peu globale. Autrement dit, toute « bonne idée » n’est pas forcément bonne, au sens où elle peut produire l’inverse de l’effet escompté. En avoir conscience n’est pas forcément y renoncer ; mais cela permet d’affiner son point de vue ou simplement d’agir en toute connaissance de cause, même négative. Le savoir me paraît toujours plus fécond que l’ignorance.
J’aurais pu prendre ici l’exemple des biocarburants, solution à laquelle j’ai cru et dont les effets délétères sur l’environnement et l’agriculture vivrière ne sont plus à démontrer [18]. J’en prends un plus récent qui touche de plein fouet la militante écologiste et féministe que je suis. Il se résume à une analyse d’un chercheur en géographie du genre, Yves Raibaud, et le titre d’un article qu’il publie dans Reporterre est redoutable.

« C’est ennuyeux mais... la ville écolo est sexiste »
« (…) L’étude montre ainsi comment les préoccupations portées par des voix de femmes (concernant en particulier les enfants, les personnes âgées ou handicapées, la sécurité) sont ignorées ou jugées comme des « cas particuliers » et écartés de ce fait des conclusions et synthèses des séances au profit de sujets qui paraissent plus importants aux yeux des hommes : la ville créative, intelligente, postcarbone, hyperconnectée. L’évocation du réchauffement climatique, de la pollution et de la protection de l’environnement a un effet anxiogène et culpabilisant. De nombreux aspects de la vie quotidienne des femmes sont donc minorés, renvoyés à la vie privée : comment oser dire qu’on a besoin de la voiture pour accompagner les enfants ou qu’on a peur de marcher dans la ville le soir lorsqu’il s’agit de l’avenir de la planète et de l’intérêt général ? » [19]

On pourrait rétorquer à cela que la sécurité, les enfants, le handicap, la vieillesse ne devraient pas être « affaires de femmes » et que, dans la société idéale, ces questions ne seront pas genrées. J’ignore s’il est possible d’éradiquer la violence faite aux femmes bien que j’espère que, dans un autre monde, celle-ci disparaisse car ce monde n’aurait pas besoin de domination masculine et son lot de violences pour exister, mais, en attendant, il est incontournable qu’une femme est en insécurité, 100 % des femmes ayant par exemple été victimes de harcèlement dans les transports.

« Le chiffre atteint 100 % car la plupart des utilisatrices ne sont pas forcément conscientes d’avoir été victimes de harcèlement. Le phénomène peut commencer par un sifflement ou une remarque sur la longueur d’une jupe pour se transformer en insulte ou bien pire en une véritable agression quand un frotteur profite de l’affluence d’un métro pour se masturber devant vous. » [20]

Pour la vieillesse et le handicap (les deux ne sont pas toujours liés mais vieillir entraîne forcément une perte d’autonomie), Yves Raibaud répond à toute objection par une donnée sociologique en rappelant que « 60 % des plus de 65 ans et 74 % des plus de 80 ans sont des femmes ». Imparable. Quant aux enfants, on peut espérer en effet une répartition des tâches équitable entre les femmes et les hommes si tant est que le monde change en ce sens ce que cette « ville écolo » est loin de réaliser selon Yves Raibaud qui conclut :

« Cela légitime d’autant plus l’expression d’un écoféminisme critique, indispensable dans les discussions actuelles sur les enjeux environnementaux. Faute de quoi les nouvelles pratiques de la ville durable pourraient bien n’être que les nouveaux habits de la domination masculine. » [21]

J’en profite pour chercher « écoféminisme » dans mon navigateur. Le terme semble un peu passé de mode mais je trouve un article récent de Catherine Larrère, professeure de Philosophie à Paris I [22], qui indique que le terme a été introduit en France par Françoise d’Eaubonne avant d’en discuter les différentes acceptions. C’est étonnant que je recroise ainsi cette écrivaine que je n’ai jamais lue. Je sais juste d’elle qu’elle était lesbienne, féministe libertaire, cofondatrice du Fhar. C’est Elula Perrin [23] qui a prononcé son nom devant moi à la fin des années 90 sur un ton de menace.
— Vous êtes comme Françoise d’Eaubonne. Faites attention !
Attention à quoi ? J’aurais adoré participer à la création du Fhar !
Que Françoise d’Eaubonne rejaillisse aujourd’hui à propos d’écoféminisme éveille mon intérêt. Elula Perrin avait-elle perçu dès mon premier roman mon adhésion à des perspectives toujours plus radicales ? Femme de la nuit, elle savait jauger les personnes. J’ignore donc toujours à quoi je dois faire attention mais le livre de Françoise d’Eaubonne est disponible dans les bibliothèques de la Ville de Paris.
Je le réserve.


[1Je reprends ici mon avant dernière phrase de « 11 octobre 2015 », « Il nous baise ? », à propos de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste. J’ai digressé entre-temps.

[2John Lenon, « Imagine », Parlophone, 1971. « Vous pouvez dire que je suis un rêveur, / Mais je ne suis pas le seul, / J’espère qu’un jour vous nous rejoindrez, / Et que le monde vivra uni. »

[3C’était en 1981, une année forte en rêves, après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République.

[4John Lenon, op. cit. «  Imaginez aucune possession, / Je me demande si vous le pouvez, / Aucun besoin d’avidité ou de faim, / La fraternité des hommes, / Imaginez tous les gens, /Partageant tous le monde... »

[5En 1950, le sénateur américain Joseph McCarthy lance une chasse aux sorcières contre tout ce qui pourrait peu ou prou s’apparenter à une pensée marxiste et un soutien au régime soviétique. La commission Tydings chargée d’enquêter sur les fonctionnaires est instaurée. La répression d’État s’organise. Le sénateur McCarthy est désavoué en 1954 mais les États-Unis, Guerre froide oblige, gardent une aversion proche de l’ostracisme organisé contre tout ce qui peut s’apparenter aux « rouges ». Sa politique à l’égard de Cuba, encore aujourd’hui, en est l’une des nombreuses expressions.

[6Tract d’Alternative libertaire, 19 septembre 2015.

[8Corinne Lepage, « Une « nouvelle économie » pour un monde nouveau », Reporterre, 7 novembre 2015.

[9Corinne Lepage, 7 novembre 2015, op. cit.

[10Corinne Lepage, 7 novembre 2015, op. cit.

[11Walter Stahel (2006) in : « Définition et avantages de l’économie de fonctionnalité », Économie de fonctionnalité, le « site de référence ».

[13Mon dictionnaire favori me parle « Style de jazz classique » (Antidote RX). Il ne s’agit bien sûr pas de cela ici mais, par extension audit courant musical « classique », un courant de pensée dominant. C’est tellement plus compréhensible en français et tellement « mainstream » d’utiliser ici le globish ! Cf. « 8 octobre 2015 ».

[14Delphine Lévi Alvarès, « L’économie circulaire : changement de paradigme ou grande esbrouffe ? », Reporterre, 23 septembre 2015.

[15Corinne Lepage, 2015, op. cit.

[16Coline Tison et Laurent Lichtenstein, Internet : la pollution cachée, Camicas Productions, avec la participation de France Télévisions (2014).

[17En français, le « nuage », que FranceTerm, ma référence en matière de francisation des mots fraîchement importés dans notre vocabulaire, définit comme l’« Ensemble des matériels et des logiciels accessibles par l’internet, qu’un prestataire met à la disposition de ses clients sous la forme de services en ligne. ».

[18Le Monde.fr publie justement aujourd’hui une tribune de Monique Barbut, directrice de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, sur les énergies renouvelables mais pas forcément durables : « Stopper la dégradation des terres doit devenir la nouvelle norme », lemonde.fr, 1er décembre 2015.

[19Yves Raibaud, « C’est ennuyeux mais... la ville écolo est sexiste », Reporterre, 12 novembre 2015.

[20Ernestine Ronai, Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, interview « Harcèlement dans les transports : « 100% des femmes ont déjà été victimes », 20minutes.fr, propos recueillis par Vincent Vantighem, 16 avril 2015.

[21Yves Raibaud, op. cit. 2015.

[22Catherine Larrère, « L’écoféminisme : féminisme écologique ou écologie féministe », in : « Écologiques. Enquêtes sur les milieux humains », revue Tracés 2012/1 (22).

[23Elula Perrin (1929-2003), « reine des nuits parisiennes » a créé des boîtes de nuit lesbiennes à Paris à une époque (la fin des années 60) où cela relevait de l’exploit. Elle est l’auteure, entre autres, de Les femmes préfère les femmes (1977), un récit autobiographique qui lui a valu un passage télévisé salutaire pour de nombreuses lesbiennes.

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